UNE POLITIQUE DE BRUTES

Nous reprenons ici, le titre du témoignage publié le 8 septembre 2016 par RESF (Réseau Éducation Sans Frontière).
Il renforce notre opposition à l’enfermement des personnes, dont le seul tort est de ne pas être administrativement en règle, dans des prisons qui ne disent pas leur nom : les CRA (Centre de Rétention Administrative).

Nous constatons que certaines préfectures s’acharnent à enfermer sans s’occuper des dégâts physiques et psychologiques provoqués.
Nous ne cessons de demander la fermeture des CRA (machine à expulser) et leur transformation en centres d’accueil des personnes migrantes.

« 8 septembre 2016

Scène de l’horreur des expulsions

mercredi 7 septembre sur le vol AF386 Paris-Bamako !

 

Il est 13h30 quand les policiers au Centre de Rétention Administrative de Vincennes viennent chercher Sékouba MAREGA pour le conduire à l’aéroport et le mettre contre son gré dans un avion à destination de Bamako. Sékouba, très jeune père de famille, revoit défiler les moments de bonheur partagé avec sa compagne Aminata et leur fils Abdoulaye âgé de 3 mois, qu’il ne reverra plus. Dans le local d’éloignement de la PAF à l’aéroport de Roissy, les policiers le menacent de prison s’il s’oppose à son expulsion.

-15h30 : la sale besogne commence. Les policiers le dépossèdent de son portable et sortent l’artillerie de déshumanisation : menottes aux poignets, sangles autour des chevilles et des genoux. L’avion doit décoller à 16h30. Ils le montent dans leur véhicule et le conduisent au pied de l’appareil. Les passagers sont en salle d’embarquement et ne se doutent pas encore de l’horreur qui va se dérouler sous leurs yeux. Sékouba ne manifeste dans la voiture aucune résistance car il sait qu’ils peuvent aller jusqu’à le droguer pour arriver à leurs fins. 16h00, les policiers le sortent du véhicule pour le faire monter dans l’avion avant l’arrivée des passagers. Ils sont une dizaine contre un seul homme dont le seul tort est de ne pas avoir les bons papiers. Sur les marches qui le mènent à la porte de l’avion, Sékouba résiste et les policiers le jettent à terre, l’un d’eux pose son pied sur la poitrine de Sékouba en pressant fortement, tandis qu’un autre lui met un casque de boxe. Entièrement entravé, il ne peut plus bouger et pourtant un des policiers porte un coup de pied à la poitrine de Sékouba avant de le monter dans l’avion. Ils le font asseoir à l’arrière de l’appareil. Dès que les passagers commencent à monter, un policier lui presse les parties génitales afin de le dissuader de toute résistance mais Sékouba ne pense qu’à son fils dont il ne veut pas être séparé. Alors il crie de toutes ses forces jusqu’à que des passagers remarquent sa présence. Quelques-uns s’approchent de lui, l’interrogent malgré les menaces des policiers et le fait qu’ils soient filmés. Sékouba explique en bambara et en français sa situation. Les passagers dans leur quasi-totalité se lèvent et s’opposent à son expulsion. Alerté par les cris des passagers, le commandant constate le désordre à bord de l’avion et demande aux policiers de débarquer Sékouba. Grâce à la mobilisation des passagers, ce jeune père de famille est retourné au CRA de Vincennes mais dans un état psychologique et physique inquiétant. Ce qui s’est passé à bord du vol ne peut que heurter les consciences et questionner sur les véritables raisons d’un tel acharnement du gouvernement de Monsieur Hollande, violant plusieurs principes en matière de droits humains. La fin légale de la rétention pour Sékouba MAREGA est prévue ce samedi (45ème jour de rétention) et ce serait faire preuve d’un minimum de bon sens que d’y mettre définitivement fin en procédant à sa libération. »