LA CRAZETTE extrait 1 p 7

1… 2… 3… avion !

Parce que les avions cachés sont toujours les plus drôles. 5h du matin, yeux bandés ou casque sur la tête, mains menottées : et on vous embarque !

Chaque jour, une liste est établie par le greffe du centre de rétention. Toutes les personnes retenues y sont inscrites ainsi que les entrées et sorties prévues pour chacune. S’il y a un rendez-vous avec le consulat, une audience au tribunal ou bien encore si un vol est réservé pour la personne,l’information est indiquée. Cette liste, communiquée aux personnes retenues, est affichée sur la vitre du réfectoire.
Pourtant les vols réservés ne sont parfois pas inscrits sur cette liste. En cas de “vol caché” les policiers débarquent dans la chambre du retenu pour l’emmener à l’aéroport. Une escorte est en général prévue dans ces situations ; elle implique plusieurs policiers et de manière générale l’emploi de la force et l’impossibilité pour la personne de refuser d’embarquer.
Cette situation entraîne parfois un “jeu” du chat et la souris au sein du centre de rétention. On pense à Lee, qui avait réussi à se cacher sous son lit afin d’échapper aux policiers. Il aura malheureusement dû en payer le prix puisqu’il se verra ensuite violenter. Il déposera d’ailleurs une demande de dépôt de plainte, qui restera lettre morte et n’aboutira qu’à un second vol caché, auquel, cette fois, Lee ne pourra échapper.
Le plus souvent, les vols cachés sont prévus juste avant la fin de rétention de la personne, ce qui entraîne une grande angoisse pour toutes. Les vols cachés peuvent générer des situations dramatiques : prise de court, il arrive que la personne retenue concernée tente, en désespoir de cause, de se suicider dans sa cellule ou sous la douche. Il y a peu, Lee, ressortissant chinois vivant en France depuis 1990, à son 43ème jour de rétention, soit à 2 jours de sa remise en liberté, s’est vu emmener de force à l’aéroport puis placer dans un avion à destination de Pékin où personne ne l’attendait. Lee souffre pourtant d’une pathologie grave, l’administration le savait. Nous avons été témoins de la dégradation de son état tout au long de sa rétention. Jusqu’à son dernier jour au centre Lee a malgré tout gardé son grand sourire communicatif, lequel s’effacera tout en comptant 1… 2… 3… avion !