Ils sont sans voix – Nous nous taisons

Mais notre silence doit être un cri – un cri non violent
Un cri d’indignation


Nombreux sont ceux d’entre nous qui participent aux Cercles de Silence et dénoncent l’insupportable situation des personnes qui souffrent dans les CRA (Centre de Rétention Administrative), antichambre des expulsions. Voici un témoignage reçu par La Cimade, présente dans un certain nombre de ces Centres pour venir en aide aux étrangers. Nous vous laissons découvrir l’intégralité de cette lettre émouvante.

26 octobre 2017

Très chers lecteurs, Je ne suis pas doué pour les introductions ni pour trouver le bon titre, cependant j’ai le regard qui me dicte, et le cœur qui aligne mes mots. Voici donc les chroniques d’un sans-papiers, le quotidien d’un natif de l’autre monde…
Nous sommes au Centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, une sorte de prison pour des personnes administrativement inexistantes, des gens avec le mauvais passeport, des hommes privés d’humanité !! Ce Centre se trouve à l’extrémité des pistes, les couloirs aériens forment une sorte de toiture pour nous autres …Ça n’arrête pas … entre atterrissages et décollages, nous sommes devenus le silence de cet endroit …Personnellement, je commence à les distinguer par leurs bruits de réacteurs… l’ambiance est la nuisance sonore !! Et avec chaque avion, les esprits partent en terres inconnues …On se pose des questions … une en particulier …Lequel sera le notre ?
Mr « ZU », un chinois d’une trentaine d’années, passe ses journées à guider les pilotes … il leur fait des signes, il leur donne des indications … vu son état, sa présentation psychique, Mr « ZU » a certainement, dans une autre vie, été un très bon agent au sol … le genre bosseur à jamais …Nous autres, on l’aime bien … c’est notre animateur préféré …Il y en a, des animateurs, chacun a sa propre orientation … mais tous au mauvais endroit. Je penses, qu’il ne faut pas vraiment être un psy pour remarquer les comportements follèsques des uns et des autres …Ça se voit, ça se remarque … et par moments ça se partage !!Plusieurs détenus ne méritent pas d’être ici, voir même la totalité … il y a un mélange impressionnant !! Les origines, les ages, les sexes … au bout de quinze jours, je ne le compte plus …L’autre jour il y avait un couple avec un bébé …Hier, une maman avec son nourrisson et son fils de 6 ans ! Une mamie moldave d’une gentillesse incroyable …Un papi africain qui s’est fait une corde à base de draps et qui nous a fait une tentative de suicide … on ne sait pas pourquoi mais une chose est sure. Il avait peur de retourner à sa terre natale… au-delas de ses soixante ans, on apercevait facilement cette peur enfantile… les larmes et les cris … une symphonie devenue familière …Et pendant tout le long de ce spectacle, les matons rodaient autour, comme des vottoures attendant la mort de leur prochains repas…Les histoires sont tellement différentes, mais l’espoir est le même…Peu importe les raisons… personne ne veut se faire expédier …Certains demandent juste qu’ils partent dignement, sans être obligés …D’autres, veulent tout simplement quitter ce pays

La maltraitance, le manque d’implication et l’indifférence des képis ne font que blesser les âmes …Les gens sont tristes, les gens sont perdus …Les êtres marchent dans tout les sens, mais tous désorientés …déboussolés… désespérés …Des hommes et des femmes, dans les allés des drames Leur calme est sans doute leur seule arme…Des rescapés, des exilés, des apatrides, des gens déshumanisés !! Une infinité d’histoires tristes Une vie morose, des épines dans les cœurs, et des tombes sans roses…

Très Chers Lecteurs, ici, les droits de l’homme sont à la porte d’entrée Il suffit de faire un état des lieux pour comprendre que c’est l’enfer …Une torture perpetuelle, qui se vit paisiblement en uniforme et tel une punition pour nous autres …Ce matin, on a eu le droit à une fausse alèrte On nous a groupé au milieu de la cour …Encerclés, dans une brume épaisse comme la neige …On aurait cru qu’un massacre de masse se préparait …On nous a compté. Chacun sa carte, chacun son numéro…Nous sommes des simples numéros …Nos noms figurent sur les papiers, mais nous sommes appelés par nos numéros … c’est humiliant !!

Très Chers Lecteurs, L’homme abandonne l’humanité… l’homme se perd…Et les victimes sont présentées comme des statistiques …Les corps airent dans le vide, et les cœurs sont pendus …Les nouveaux arrivants se bousculent, et les jours qui filent, sont identiques comme les gouttes d’eau …La chasse est ouverte !! Et les gibiers se trouvent entre l’enclume et le marteau ! Il me faut plus que des mots pour décrire ce quotidien … car quand l’heure de l’avion approche, la sensation est de tout autre niveau … une sensation nouvelle, qui ne génère aucune expréssion !! Quand je serais grand, j’écrirais un livre sur ce que j’ai vu … Là, je balance ma bouteille à la mer …J’appréci ma vie amère …Et comme tout les autres, j’attends et j’espère !

Désolé pour les fautes d’orthographe, et merci pour le temps de lecture.la fin