LOI ASILE ET IMMIGRATION

Geneviève Jacques Présidente de la CIMADE

compare la LOI ASILE ET IMMIGRATION à un rouleau compresseur destiné à écraser les migrants.

Un rouleau compresseur, c’est une machine très efficace pour les travaux publics. C’est plus dangereux dans les mains d’un ministre de l’Intérieur sur le terrain des politiques migratoires : terrain « miné » par les instrumentalisations politiciennes, terrain où se jouent des destins humains. L’image du rouleau compresseur évoque assez bien la séquence actuelle : un passage en force par un ministre qui n’entend ni les acteurs de terrain ni les nombreuses protestations qui s’élèvent de toutes parts contre ce projet de loi, qui produit un véritable « écrasement » de droits pour beaucoup de personnes.

L’histoire se répète : depuis que les questions migratoires sont passées sous la coupe exclusive du ministère de l’Intérieur, chaque nouveau ministre produit une nouvelle loi qui renforce toujours plus les mesures répressives et dissuasives, sans tirer d’autres leçons des échecs des lois précédentes que de les durcir davantage. Dans le cas présent, cette loi a été précédée par une série de mesures calamiteuses : traitements indignes des exilés à Calais, à la frontière italienne ou dans les rues de nos villes, pratiques souvent illégales d’enfermement administratif y compris pour des enfants, mineurs isolés laissés à la merci de tous les dangers.
Le mantra « humanité et efficacité », censé résumer l’esprit de cette loi, ne convainc pas celles et ceux qui se positionnent non sur des paroles mais sur des pratiques. Où est l’équilibre dans cette loi où quelques rares mesures « d’humanité » ne peuvent cacher l’essentiel du dispositif qui vise à dissuader, à accueillir moins et à expulser plus ?

Nos critiques ne relèvent pas de la posture. Elles se fondent sur les réalités humaines que nous rencontrons sur le terrain et sur un décryptage du texte qui pointe un recul considérable des droits. Pour les demandeurs d’asile : la réduction drastique des délais pour déposer leur première demande et pour présenter un recours devant la Cour nationale du droit d’asile va, de fait, exclure un grand nombre d’entre eux du droit à être entendus et défendus.

« Déni de vérité, déni d’humanité»

De plus, l’acharnement irréaliste à renvoyer les personnes exilées dans le premier pays où elles sont entrées en Europe mais où elles n’ont pas trouvé de protection va aggraver les situations d’errance et de précarité. Pour tous les autres (le droit d’asile n’est pas le seul droit ! ) qui n’ont pas les bons papiers, la loi se veut implacable pour accélérer les expulsions, recourir davantage à l’enfermement administratif avec un allongement inefficace et inhumain du délai maximum de rétention de 45 à 135 jours, sachant qu’après douze jours le taux d’expulsion tombe à 2 %.

En agissant de la sorte, le gouvernement espère peut-être satisfaire une partie de l’opinion publique. Mais à quel prix ? Celui d’un déni de vérité sur la réalité des parcours migratoires de plus en plus complexes et sur les chiffres de cette prétendue « invasion ». Celui d’un déni d’humanité, car l’expulsion et l’enfermement ne sont pas les seules options pour des femmes et des hommes qui ont pris tous les risques pour trouver un pays où un avenir serait possible ou qui ont déjà entrepris un parcours d’intégration.

Un très grand nombre de citoyens refusent d’entériner cette logique du rouleau compresseur, ni humaine ni efficace. Ils se mobilisent, mènent des actions solidaires avec les personnes réfugiées et migrantes et réclament un vrai débat sur une autre politique migratoire. L’enjeu fondamental, c’est le choix de la société dans laquelle nous voulons vivre. Les parlementaires feraient bien de l’entendre. »

Article paru dans le quotidien Ouest-France édition du 22/02/2018.