AUX FRONTIÈRES DE L’UE

Arash 33 ans, Iran

Emprisonné et torturé dans son pays, Arash a passé dix-huit mois dans un camp de Lesbos à attendre un hypothétique statut de réfugié.

Arash se souviendra toujours de son arrivée à la frontière grecque. « Je me suis dit: ça y est, c’est fini on est en Europe, sur la terre des droits de l’homme, ici on va te respecter. » Directeur d’une O N G en Iran, il revenait de l’enfer. Il avait été jeté en prison et torturé. « Ils ont été méthodiques, ils m’ont cassé les dents une par une, raconte-t-il. Ils me reprochaient mon activisme en faveur des réfugiés afghans qui, dans mon pays, n’ont aucun droit, pas même d’acheter une carte SIM pour appeler chez eux. »

Arash voulait rester en Iran.« J’aime mon pays. J’y aima mère, ma famille, mes amis. » Mais la sentence, au cours de son dernier procès, fut sans appel : « Dix-neuf ans de prison ferme pour activités antigouvernementales. » Sa mère, qui ne voulait plus le voir derrière les barreaux, a réussi à organiser son départ vers la Turquie, où il resta sept mois, bientôt rejoint par son frère Amir qui avait repris entre-temps la direction de l’ONG. Tous deux arrivent à Lesbos à l’automne 2016, et passent dix-huit mois au camp de Moria, dans de terribles conditions d’hygiène et de surpopulation. Arash obtient son statut de réfugié politique, mais pas son frère, qui a pourtant souffert les mêmes épreuves. « Le statut de réfugié, c’est une histoire de chance. Tu peux avoir face à toi un gars qui te comprend, ou un autre qui s’en moque. »

Arash refuse de partir sans Amir et attend, confiant, le résultat de son appel. Rejeté. Son frère est arrêté à l’automne 2017, mis dans un bateau en direction de la Turquie. Alerté par un policier grec, Arash se précipite au port avec des militants activistes. Il sauve ainsi son cadet de la déportation. Depuis, il a mené une grève de la faim de quarante-trois jours là où son frère est détenu.

II l’a arrêtée lorsqu’on lui a promis « que tout allait s’arranger ». Mais Amir est toujours en prison. Du coup, Arash s’est rendu à Athènes «pour faire bouger les choses ». On lui a suggéré de payer 1 500 € à qui de droit afin d’obtenir l’asile pour son frère. II a refusé : «Je veux bien payer un passeur pour m’amener illégalement dans un pays, mais pas un fonctionnaire pour me donner ce à quoi j’ai droit en Europe . »

Adam Berry pour le journal La Croix