CRA se passe près de chez vous

Photo © Thierry PASQUET

En janvier 2019,
La Cimade dénonce toujours l’existence des centres de rétention
et appelle à leur fermeture.

Qu’est-ce qu’un centre de rétention administrative (CRA) ? C’est une prison, malgré le rejet de cette appellation par les gouvernements successifs, pour les personnes étrangères étant en situation irrégulière sur le territoire français. Leur enfermement n’est pas lié à une situation pénale mais à leur simple situation administrative. Depuis le 2 janvier 2019, les personnes peuvent être enfermées pour une durée allant jusqu’à 90 jours, pour 45 jours précédemment. Le temps moyen d’enfermement pour l’année 2018 dans le CRA de Rennes était de 12 jours.

NB : Le nombre de personnes expulsées et libérées ne correspond pas au nombre de personnes enfermées du fait que certaines ont été déférées, transférées vers d’autres CRA ou étaient toujours présentes au 31/12/2018.

Loin des yeux, loin du droit

Ce mois de décembre 2018 a été marqué par de nombreuses violations des droits des personnes enfermées notamment des personnes réfugiées.

Monsieur M., soudanais, ayant des craintes pour sa vie au Soudan souhaitait aller en Angleterre pour demander l’asile. Interpellé aux abords d’un port breton et placé au CRA, la police est venue le chercher un matin pour l’expulser vers le Soudan. Face à cette menace, il a commis des actes désespérés d’automutilation et a perdu connaissance. Confronté au danger réel de sa situation et aux projets de l’administration française à son égard, il a décidé de demander l’asile en France. L’OFPRA lui a reconnu le statut de réfugié alors que quelques jours auparavant, il devait être expulsé vers son pays. M. a été libéré après 38 jours d’enfermement.

Monsieur N., afghan, craignant pour sa vie en Afghanistan, arrivé en France depuis très peu de temps a déposé une demande d’asile suite à son placement en CRA. L’OFPRA, bien qu’ayant reconnu comme établi sa nationalité, a rejeté sa demande. Malgré le recours formé devant la CNDA, Monsieur N. a été présenté au consulat d’Afghanistan en vue de se voir délivrer un laissez-passer pour permettre son expulsion. Durant toute sa rétention, Monsieur N. a vécu dans la peur d’être renvoyé vers le pays qu’il a fui. Sa privation de liberté a finalement pris fin à l’expiration légale de sa rétention, au bout de 45 jours. Il a ainsi pu se présenter à l’audience de la CNDA et a obtenu une protection subsidiaire.

Ces deux personnes sont le symbole de l’absurdité d’un système qui prive de liberté des personnes que la France se doit de protéger, les expose à une situation traumatisante alors qu’elles viennent trouver refuge en Europe.


Lexique du CRA

OFPRA : l’Office Français de protection des Réfugiés et des Apatrides, administration en charge d’instruire les demandes d’asile en France
CNDA : Cour nationale du droit d’asile, juridiction spécifique saisie en appel des décisions de l’OFPRA.

Paroles retenues


« Retenu au centre le « Reynel » depuis 28 jours pour une durée maximum de 45* jours, sont placés avec moi d’autres étrangers en situation irrégulière. Cependant on y vit dans des conditions très difficiles pire qu’en centre de détention pénitentiaire. Nous sommes placés dans des locaux macabres à peine nettoyés tous les jours, on a droit à un petit kit [d’hygiène] en arrivant renouvelable que tous les quatre jours, pas de rasoir, gel douche, taille ongle. Aucune distinction n’est faite sur le retenu à son arrivée. Personnes à déficit mental, schizophrénie, droguées, alcooliques, soufrant de maladies contagieuses comme la gale sont toutes mélangées, ce qui constitue un danger permanent pour les retenus. La notification du droit et le droit même sont bafoués. Les rapports entre retenus et policiers (surtout les équipes du soir) sont très tendus. Ces derniers ne manquent pas de verser dans la provocation avec des remarques du genre ‘rentre chez toi si t’es pas content’, ‘pour l’instant t’es derrière une grille’, tout cela sous le regard impuissant des associations présentes pour nous défendre. »

Ahmet – expulsé après 35 jours d’enfermement

*Depuis le 2 janvier, la durée maximale d’enfermement est passée à 90 jours


Photo © Catherine RUE

Derrière les barbelés :

« Un jour en rétention, c’est plus qu’un mois dehors », Christian – libéré après 45 jours d’enfermement

Depuis le 2 janvier, la durée de la rétention administrative est passée de 45 à 90 jours maximum.

Le gouvernement a présenté l’allongement de la durée de rétention comme étant la clef pour expulser davantage, mais enfermer plus longtemps ne permet pas d’expulser plus. En 2017, 80% des éloignements ont eu lieu entre le 1er et le 25ème jour*. L’allongement n’aura qu’un impact très limité sur le nombre d’éloignement. Mais ce qui est à craindre est l’impact sur le moral des personnes retenues, qui se dégradait déjà de manière significative au fil des 45 jours. Les personnes enfermées au CRA vivent dans l’attente et dans l’angoisse d’une expulsion.

En 2018, au CRA de Rennes, plusieurs actes de désespoir, comme des grèves de la faim et des tentatives de suicide, ont été commis. Avec le passage aux 90 jours, ces actes ne risquent-ils pas de se multiplier ?

Priver de liberté une personne génère des traumatismes et de la souffrance et l’enfermer plus longtemps en vue de l’expulser est inefficace et disproportionné.


* Rapport annuel 2017 sur les centres et locaux de rétention administratives, p.15


Pour aller plus loin :

Vous pouvez avoir accès à des témoignages de personnes enfermées dans d’autres CRA.
Nous vous invitons à lire les publications des équipes de La Cimade intervenant aux CRA de Bordeaux et du Mesnil-Amelot.
Vous pouvez également être informé.e.s de comment se passent les audiences du juge des libertés et de la détention à Marseille.
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