CRA se passe près de chez vous #10

Chronique du centre de rétention de RENNES

 En octobre 2019

 La Cimade dénonce toujours l’existence des centres de rétention 

et appelle à leur fermeture. 

               Qu’est-ce qu’un centre de rétention administrative (CRA) ? C’est une prison, malgré le rejet de cette appellation par les gouvernements successifs, pour les personnes étrangères étant en situation irrégulière sur le territoire français. Leur enfermement n’est pas lié à une situation pénale mais à leur simple situation administrative. Depuis le 2 janvier 2019, les personnes peuvent être enfermées pour une durée allant jusqu’à 90 jours, pour 45 jours précédemment. Le temps moyen d’enfermement pour l’année 2018 dans le CRA de Rennes était de 12 jours.

Loin des yeux, loin du droit

               Le 18 septembre 2019, les députés français ont ratifié l’accord de coopération entre l’Union européenne et l’Afghanistan. Ce dispositif va faciliter les expulsions forcées vers ce pays.

               Au même moment, en Afghanistan, les 17, 18 et 19 septembre, des attentats ont fait une centaine de morts. Selon l’EASO, durant l’année 2018, 3804 civils ont été tués et 7189 ont été blessés du fait de la violence généralisée.*

               Malgré cette situation alarmante, l’accord ratifié traduit donc la volonté politique de multiplier les expulsions de personnes vers un pays qui ne peut garantir la protection de leurs droits les plus fondamentaux.

               Cette situation ne semble pas émouvoir les juges, garant des droits. Fin août, un juge rennais a osé écrire dans une décision de justice que : “La situation en Afghanistan est complexe du fait notamment de la commission d’attentats […], mais le risque d’attentats est par ailleurs généralisé à un grand nombre de pays y compris la France”. Il ne s’est donc pas opposé à la possibilité d’une expulsion.

               Si des expulsions vers l’Afghanistan avaient déjà lieu, comme le mois dernier depuis le CRA du Mesnil-Amelot, en région parisienne, ou via un autre pays européen, après l’application du règlement Dublin, la ratification de cet accord va les faciliter.

               La Cimade et Amnesty International se mobilisent contre ces expulsions. Interpellez, vous aussi, Christophe Castaner via la pétition en ligne.

                           * Sources : Rapport de l’EASO sur la situation en Afghanistan (en anglais)

Barbelés

EASO : en français le Bureau européen d’appui en matière d’asile est une agence européenne créée en 2011 qui vise à renforcer la coopération entre les Etats de l’Union européenne et à les assister dans la mise en œuvre du droit d’asile. Le Règlement Dublin est un texte européen qui établit des critères afin de déterminer l’Etat responsable de la demande d’asile d’une personne. Cependant, en pratique, il empêche aux demandeur.euse.s d’asile de choisir l’Etat dans lequel ils.elles souhaitent déposer leur demande. La France, sous couvert de l’application de ce règlement, renvoyait déjà des personnes afghanes vers des pays procédant à des expulsions vers l’Afghanistan. Pour en savoir plus sur le règlement Dublin et son absurdité, vous pouvez visionner la vidéo du collectif #STOPDUBLIN ou écouter la chronique sur les expulsions « par ricochet » de l’équipe du CRA de Rennes.

Paroles retenues

« Ici, franchement, je suis dégouté, je suis déprimé, ça me rend fou. A mon âge, je vois des gens qui font plein de trucs, des formations, le lycée, le bac, le permis … Moi, je n’ai même pas le droit de sortir dehors. C’est chaud.

Ici, c’est chaud, on voit des femmes enceintes, des enfants.

J’ai traversé la mer à l’âge de 16 ans, j’ai réfléchi pour sortir de mon pays, pour me débrouiller, pour aider ma famille. Je suis venu j’avais un CAP soudeur, je l’ai eu à l’âge de 15 ans. J’ai commencé à 14 ans à aider ma famille.

J’ai traversé la mer sur un petit bateau de 5/6 mètres avec une quinzaine de personnes. Le bateau à fait naufrage, je suis resté 25 jours dans le coma. En Italie, au début, ça allait car j’étais mineur.

Quand je suis arrivé en France, même mineur, ça ne se passait pas bien. Mon éducatrice, elle changeait tout le temps, je n’ai pas eu de suivi. On m’a donné des rendez-vous, tous les 2/3 mois, mais à la fin, il ne s’est rien passé, je n’ai pas été pris en charge, je n’ai même pas vu un dentiste alors que j’avais une infection des dents.

Je me suis retrouvé à la rue, je ne parlais pas bien français, c’est difficile. Je ne savais pas quoi faire. Si j’avais été pris en charge et si j’avais été à l’école en France, ça aurait été différent.

Après tout ça, je suis enfermé, je galère, c’est un truc de ouf.

Je pense à ma mère, elle a deux enfants. Ça fait 9 ans que je n’ai pas vu mon père, il est venu me voir au centre de rétention mais j’ai refusé la visite tellement j’étais choqué. Je pense à mon petit-frère et à ma petite-soeur. Ma mère ne travaille pas, c’est galère là-bas.

J’ai 18 ans. Des gens m’ont aidé à trouver des petits boulots pour que je puisse manger et m’habiller, j’ai jamais fait de mal à quelqu’un.

Là, je veux me calmer. J’étais avec ma copine dans un petit studio, j’étais bien. J’avais un peu d’argent. Je veux avancer.

Je ne sais plus quoi dire. De raconter tout ça, ça me fait penser à plein de trucs que je préfèrerais oublier.

Mais ça va aller. Un jour. »

              

Wahbi, expulsé après 59 jours d’enfermement

Photo © Thierry PASQUET

Derrière les barbelés

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