CRA se passe près de chez vous #20

Chronique du centre de rétention de RENNES

Photo © Jérémie LUSSEAU

 En février 2021

 La Cimade dénonce toujours l’existence des centres de rétention 

et appelle à leur fermeture. 

Loin des yeux, loin du droit

                Malgré la crise sanitaire, la politique d’enfermement et d’expulsion des personnes étrangères reste la seule boussole de l’administration en France.  Dans un contexte pourtant peu propice, voire même imprudents pour toutes les personnes concernées, l’enfermement des personnes étrangères se poursuit et exacerbe des tensions déjà observées avant la crise sanitaire.    

 

 

            Alors que pour rappel, ce doit être le moyen utilisé en dernier recours, l’enfermement, sans discernement ni examen approfondi de la situation des personnes se poursuit et produit des conséquences tragiques. Dans la nuit du mardi 2 au mercredi 3 février, un homme de nationalité tunisienne, enfermé au CRA de Rennes depuis une semaine, a tenté de mettre fin à ses jours par pendaison. Il a été découvert par les personnes retenues présentes dans le bâtiment avec lui et réanimé par les forces de l’ordre en attendant l’arrivée des pompiers. Malgré son transfert aux urgences puis son hospitalisation au sein des unités psychiatriques à l’hôpital Guillaume Régnier, il a été maintenu sous le régime de la rétention pendant plusieurs jours, avec le risque d’être ré-enfermé au CRA à tout moment, alors même qu’un certificat d’incompatibilité avec l’enfermement avait été établi par son psychiatre. Après 10 jours passés sous ce double régime (hospitalisation/rétention), la préfecture lève enfin sa mesure de rétention administrative, après y avoir été contraint par ordonnance du juge des libertés et de la détention, saisi par le conseil de Monsieur. . . 

           Cet événement dramatique aurait pu être évité, puisque des éléments relatifs à l’état de santé de Monsieur. . . avaient été portés à la connaissance de la préfecture et des juges qui ont examiné sa situation. En effet, ce Monsieur. . . est atteint de troubles anxiodépressifs et fait l’objet d’un suivi psychiatrique régulier. Quelques mois avant son enfermement, il n’avait pu se soumettre à son assignation à résidence en raison des angoisses que cette mesure générait pour lui. Ces difficultés, il les avait portées à la connaissance des autorités afin d’expliquer sa situation et de manifester sa volonté de ne pas contrevenir aux exigences administratives. En dépit de sa vulnérabilité, les autorités ont organisé à la fin du mois de janvier son arrestation à domicile, pour l’enfermer en rétention, dans l’attente de son expulsion.

             Monsieur. . .  a alors présenté sa situation médicale au Juge des libertés et de la détention, appelé à répondre à la demande de prolongation de sa rétention adressée par la préfecture. Malgré son état de santé ainsi que les éléments médicaux y faisant référence qui lui ont été soumis, le juge a autorisé son maintien en rétention pour 28 jours supplémentaires, décision également confirmée par la Cour d’appel de Rennes. Ne parvenant plus à supporter cette privation de liberté, cet homme a attenté à sa vie une semaine après le début de son enfermement.

         Cet événement est intervenu à peine un an après le suicide d’une personne de nationalité roumaine au CRA de Rennes à la fin de l’année 2019. Elle s’était pendue le soir de son enfermement et était décédée 10 jours plus tard à l’hôpital. Suite à ce décès, l’équipe de la Cimade avait assisté à une vague de passages à l’acte, entrainant plus d’une quinzaine d’hospitalisations.  

           Depuis plusieurs années déjà, La Cimade dénonce l’enfermement aveugle et sans discernement, de personnes malades, atteintes de pathologies physiques et mentales. Elle appelle à l’arrêt de cette politique d’acharnement, attentatoire aux droits et à la vie des personnes étrangères.

Témoignage

            

              Babacar, de nationalité sénégalaise a été enfermé au CRA de Rennes à sa sortie de prison, malgré ses problèmes de santé, et la situation sanitaire inquiétante. 

             « Les conditions ici c’est comme tout le monde. On ne sait pas, on nous demande beaucoup de papiers. Moi c’est le juge qui m’a gardé ici mais je ne comprends pas pourquoi. 

                 Ils t’amènent ici pour te garder parce que t’as pas de papiers. Ici les conditions de vie ce n’est pas bon. On te réveille à 9h tu sors. Tu ne manges pas bien, il fait froid dans les chambres. 

                 Je ne veux pas rester ici.  

                 Je n’ai rien fait de mal, j’ai aucun problème en France. Je suis en France depuis 2017.  

              Au centre on te donne des papiers mais tu ne comprends rien. On ne sait pas ce qui se passe.  

              Je n’habite pas ici à Rennes mais à Nantes et ça fait loin pour mes amis donc je n’ai pas de visites.  

            J’ai aucun problème avec les policiers ou les autres personnes. Parfois, des policiers parlent mal mais tu ne peux rien faire. Chacun essaie de se défendre.  

             On mange mais on n’a pas le choix de ce que l’on mange. Il n’y a rien du tout ici aucune activité. Le temps est trop long.  

           J’ai des problèmes de santé. Le juge le sait, il a vu tous les documents. Normalement, quand tu as des problèmes de santé tu ne dois pas être ici. 

            Ils n’ont pas raison de dire que je dois retourner dans mon pays. Je suis passé par l’Italie.  Ils n’ont pas le droit. Ils ne savent pas eux-mêmes les conditions dans mon pays. C’est ça qui me fait mal. C’est ça que je ne peux pas supporter. Moi depuis 2009 j’ai quitté mon pays et ils le savent. Je des risques si je rentre. »

                                                                       Babacar, enfermé au CRA de Rennes depuis 14 jours.

 

Qu’est-ce qu’un centre de rétention administrative ?

               C’est une prison,(malgré le rejet de cette appellation par les législateurs successifs) pour les personnes étrangères en situation irrégulière sur le territoire français. Leur enfermement n’est pas motivé par une sanction pénale mais est la conséquence directe de leur situation administrative. Depuis le 2 janvier 2019, les personnes peuvent être enfermées pour une durée allant jusqu’à 90 jours. Le temps moyen d’enfermement durant l’année 2019, dans le CRA de Rennes, était de 13 jours.

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