CRA se passe près de chez vous #15

Chronique du centre de rétention de RENNES

Photo Thierry PASQUET

 En août 2020

 La Cimade dénonce toujours l’existence des centres de rétention 

et appelle à leur fermeture. 

Loin des yeux, loin du droit

             Depuis la réouverture du centre de rétention, le 29 juin 2020, sur les 137 personnes enfermées au CRA de Rennes, 59 ont été expulsées. 31 d’entre elles ont fait l’objet d’un placement en rétention dit « de confort »

 

 

             Le confort en question ne concerne évidemment pas les personnes retenues, qui se voient enfermées dans un lieu aux allures carcérales, entourées de grillages et de fils de barbelés, mais bien l’administration. En effet, ces placements ont pour objet de faciliter l’expulsion de personnes en procédure de réadmission Dublin. Les personnes sont interpellées au cours de la journée, souvent lorsqu’elles se présentent en préfecture en réponse à une convocation. Elles sont transférées le soir au CRA, après le départ des intervenants extérieurs, et notamment de l’équipe de la Cimade, pour être expulsées le lendemain matin à l’aube, sans avoir la possibilité de voir un juge et donc sans que la légalité de la procédure ne puisse être étudiée. Or, ces placements résultent très régulièrement d’interpellations déloyales, les convocations auxquelles répondent les personnes ne précisant pas l’objet réel du rendez-vous en préfecture et la possibilité d’être placé en rétention. Ces pratiques sont régulièrement jugées illégales par les juridictions. Mais encore faut-il avoir le temps de passer devant le juge.

             Par ailleurs, si le temps passé à l’intérieur du CRA est relativement court, il n’en reste pas moins traumatisant,  les droits des personnes étant fréquemment violés : les décisions sont notifiées plus que succinctement, sans que les personnes ne comprennent ce qui est en train de se jouer, sans contrôle judiciaire, sans réelle possibilité de faire appel à un avocat, de contacter leur consulat, de faire valoir leur état de vulnérabilité (toutes ces possibilités étant pourtant prévues par la loi).

              Cette pratique permet des renvois « groupés » de plusieurs personnes vers un même pays, tout en augmentant de manière artificielle les chiffres des expulsions depuis les CRA. 

Le mois dernier, 3 personnes, interpellées par les préfectures du Morbihan et de Loire Atlantique, ont ainsi été expulsées vers l’Arménie après une nuit passée au CRA. Deux d’entre elles, une mère et son fils ont été séparés du reste de leur famille, absents lors de leur interpellation.

              Une fois encore, le respect de la vie privée et familiale des personnes qui subissent cette politique n’est pas la priorité des gouvernements actuels.

         

En juillet 2020

Paroles retenues

            

Communiqué des personnes enfermées au CRA de Rennes

Le 10 août dernier, douze personnes enfermées au CRA de Rennes ont entamé une grève de la faim. Par ce communiqué ils souhaitent dénoncer leurs conditions d’enfermement.

Au Centre de rétention de Rennes, nous n’avons aucun droit ici, ils sont bafoués. On s’acharne sur nous.

Voilà comment ça se passe une journée au Centre de rétention :

Les policiers nous réveillent tous les matins, sans un bonjour. Ils claquent les portes et allument la lumière. Ils rentrent parfois dans nos chambres, la nuit, pour rien. Il n’y a pas de respect et on entend des « c’est moi le chef, je fais ce que je veux. »

Ensuite de 9h à 11h, on est dehors. Soit disant il y a le ménage donc ils ferment les chambres mais c’est encore sale après. Il y a des souris et des cafards. On va parfois demander des choses à l’accueil mais ils nous disent d’attendre ou veulent rien nous donner. Il n’y a pas de rapports humains.

Si on avait le moral, on ferait un peu de sport mais ce n’est pas le cas.

Puis à partir de 12h, ils nous appellent comme des animaux pour aller manger. Il y a une brigade qui nous laisse manger tous ensemble et on s’assoit où l’on veut alors que l’autre fait des groupes de 5 et nous place.

Parfois on a du porc alors que certains n’en mangent pas et la police nous dit « tu manges ce qu’on te donne ici. ». On nous force aussi à manger de la viande alors qu’on sait que pour certains d’entre nous elle n’est pas halal.

Puis l’après-midi, de 13h à 15h, tout est fermé. On ne peut même pas acheter une bouteille d’eau. On ne fait rien, on est des zombis, on est des animaux.

Après 15h, on ne fait rien non plus. Parfois on nous donne un ballon et parfois on ne peut même pas le prendre. On attend 19h, le repas.

De 19h à 21h, on mange puis on ne fait rien.

A 21h, ils ferment les cages. Ils nous enferment dans les bâtiments où nous avons nos chambres, comme dans un zoo. On entend aussi des phrases racistes. Dans certaines chambres il y a une télé mais pas dans toutes. On est enfermés donc si une personne essaye de se suicider, on ne peut rien faire.

On a du mal à dormir, on fait des nuits blanches et des cauchemars.

Sinon, au centre on peut acheter que des cigarettes. On a une tondeuse et un coupe ongle pour tout le monde.

Pour eux, on est de passage donc nous n’avons pas autant de droits. Certains n’ont même pas d’habits, rien. Ils nous disent « qu’il est temps que vous rentriez chez vous. »

Mais, ils ne nous préviennent pas quand les vols sont annulés. Les médecins, on les demande plusieurs fois mais on ne les voit pas souvent.

En fait, ils sont contents quand on rentre au bled.

Ce qui nous choque le plus c’est que nous ne soyons pas respectés. Qu’on nous insulte et qu’on nous pousse à bout. C’est aussi l’abandon que l’on ressent. Une personne a fait une tentative de suicide il y a quelques jours et elle n’a vu aucun médecin, aucun infirmier. Ils l’ont laissée comme ça. Et puis, le racisme aussi envers nous, la façon dont les policiers nous parlent.

C’est par rapport à tout ça qu’on a décidé de commencer une grève de la faim. On attend que quelque chose change. Pas pour nous forcément mais pour le futur, pour les autres. Pour l’instant ils font du chantage : tu manges pas donc tu n’as pas le droit de jouer à la Nintendo. C’est pour calmer les personnes.

Nous, ce qu’on veut c’est que nos droits soient respectés.

Des gars du CRA de Rennes

Qu’est-ce qu’un centre de rétention administrative ?

               C’est une prison,(malgré le rejet de cette appellation par les législateurs successifs) pour les personnes étrangères en situation irrégulière sur le territoire français. Leur enfermement n’est pas motivé par une sanction pénale mais est la conséquence directe de leur situation administrative. Depuis le 2 janvier 2019, les personnes peuvent être enfermées pour une durée allant jusqu’à 90 jours. Le temps moyen d’enfermement durant l’année 2019, dans le CRA de Rennes, était de 13 jours.

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