« Il m’a semblé évident qu’il fallait aider les migrants »

accompagnateur en montagne
Pierre Mumber 55 ans, accompagnateur en montagne dans les Hautes-Alpes Pierre Mumber fait partie des maraudeurs qui vont chercher les migrants en détresse sur les cols du Briançonnais. Accusé d’aide à l’entrée irrégulière sur le territoire, il a dû défendre sa propre vérité.

Recueilli par Nathalie Birchem

source P Mumber (photo)

               « Je m’appelle Pierre Mumber, j’ai 55 ans, je suis père de quatre enfants. Depuis plus de trente ans, j’ai un gîte à une vingtaine de kilomètres de Briançon. J’ai aussi une petite activité d’accompagnateur en montagne.

               Comme plein de monde, quand j’ai vu que des êtres humains mouraient en traversant la Méditerranée, ça m’a torturé. Mais je me sentais impuissant. Et puis, à l’hiver 2015, on a commencé à voir des gens arriver par le col de l’Échelle ou de Montgenèvre. On s’est pris cette réalité humaine en pleine face. Au début, on les accueillait pour une nuit. Ensuite, avec le réseau Welcome, j’ai ouvert ma maison aux exilés. J’ai vraiment découvert ce qu’ils avaient dans les tripes, et ça m’a bouleversé.

               On m’a aussi proposé de rejoindre l’équipe de maraudeurs qui vont à leur rencontre en montagne. Il y a un risque qu’ils se perdent dans la neige, qu’ils meurent gelés. Il m’a semblé évident qu’il fallait les aider. Avec la maraude, on va sur les cols, on reste côté français, et quand on les trouve, on les ramène au chaud. Les choses se sont compliquées avec les contrôles policiers, parce que les exilés prennent des risques pour se cacher et aussi parce que les forces de l’ordre ne respectent pas toujours les droits des exilés.

               La nuit du 6 janvier 2018, il faisait froid et on donnait du thé et des vêtements à quatre personnes africaines, quand la police est arrivée et a embarqué les exilés. J’ai aidé une Nigériane affaiblie à aller à leur voiture. Un peu plus loin, la voiture s’est arrêtée, et trois exilés sont partis. Mais, dans le procès-verbal, les policiers ont dit que c’est moi qui les avais aidés à s’enfuir. En première instance, j’ai été condamné. Heureusement, ce soir-là, deux journalistes italiens ont tout filmé et, en appel, on a montré ces images. Le juge m’a relaxé, en indiquant que les mentions des procès-verbaux des policiers étaient “particulièrement dénuées de véracité”.

               Je ne suis pas “anti-flic”. Je ne suis pas un rebelle, juste un peu militant. Je suis catholique, non pratiquant. Ma foi me donne des valeurs, que je partage d’ailleurs avec beaucoup d’anticléricaux. Les migrants sont avant tout des personnes qui cherchent un chemin. Ils ont droit à une protection. »

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