Cercle de silence de STRASBOURG

Onze ans à hurler en silence

Cercle de silence Strasbourg

Depuis le printemps 2008, des citoyens se réunissent le 30 de chaque mois place Kléber
pour une heure de protestation muette contre le sort fait aux migrants :
le Cercle de silence de Strasbourg a « fêté » ce mardi son onzième anniversaire…

De nombreux passants ont sans doute déjà été interpellés par ce rassemblement : tous les 30 du mois à 18h, quelques dizaines de personnes se regroupent place Kléber pendant une heure, sans bouger et sans dire un mot. Au pied de la statue du général, autour d’une lampe-tempête, elles forment un Cercle de silence, comme il s’en tient simultanément dans huit villes d’Alsace et partout à travers l’Hexagone.
A Strasbourg ça fait onze ans que ça dure. En avril 2008. un collectif de 49 associations et syndicats importait dans la capitale alsacienne une initiative lancée en octobre de l’année précédente à Toulouse: pour « protester contre l’enfermement systématique des sans-papiers dans les centres de rétention administrative en France » et dénoncer leurs conditions de détention, les frères franciscains avaient invité tous ceux que cette situation choquait à observer une heure mensuelle de protestation muette sur une place publique.

« Sans papiers mais pas sans droits »

Du silence pour donner un écho à la situation de ceux que l’on n’entend pas : malgré les évolutions successives de la législation sur le droit d’asile, les réfugiés sont encore souvent accueillis au mieux par un parcours du combattant, au pire par une franche hostilité. Si la mobilisation strasbourgeoise a décru depuis les débuts (entre 25 et une centaine de personnes, contre 300 à 400 lors des premières éditions), les participants continuent, mois après mois, d’attirer l’attention sur ce thème d’une particulière acuité, ici ou ailleurs.

L’an passé à pareille époque, il s’était agi de dénoncer l’impact sur la situation des demandeurs d’asile notamment lorsque leur droit au maintien sur le territoire prend fin- de la loi « Asile et immigration », finalement adoptée en août dernier. Celles et ceux qui veulent échapper à la guerre, à l’oppression, à une vie impossible, méritent mieux que des frontières fermées, un mur administratif et la rue en attendant la rétention, dont la durée légale ne cesse d’augmenter. résume en substance Josée Boudin.
Pancarte « Sans papiers mais pas sans droits » autour du cou, elle fait silence chaque mois depuis neuf ans. Ce mardi, elle faisait partie des quelque 70 personnes réunies pour le triste anniversaire du Cercle de silence strasbourgeois autour d’un canot gonflable de fortune et de petits bateaux en papier.

« En notre nom et avec notre argent »

Cette fois, le message liminaire prononcé par la cheville ouvrière du rassemblement, Charles Boubel, était consacré à la Libye et la Méditerranée. « Les cercles de silence ont commencé pour dénoncer ce qui se passait dans les centres de rétention, à l’abri de tous les regards mais avec notre argent et en notre nom, rembobine l’engagé de la première heure. Ce qui se passe actuellement en Libye, c’est la même chose, plus loin mais à plus grande échelle : le maire de Palerme a dernièrement décrit le pays comme « un camp de concentration à ciel ouvert, financé par l’Union européenne ».

En juin 2018. la Libye a fait reconnaître internationalement une vaste zone au large de ses côtes, où elle est responsable de coordonner les « secours ». « Ses gardes-côtes sont formés et équipés par l’Union européenne, qui y a consacré 200 millions douros depuis 2016, s’insurge Charles Boubou. Nos États, qui interdisent désormais tout débarquement sur leurs côtes, aident ainsi la Libye à mieux retenir les gens qui veulent la fuir pour l’Europe. » En 2017 et 2018, 29000 personnes ont ainsi été ramenées de force dans ce pays déchiré par la guerre, où passeurs et trafiquants, belligérants mais aussi agents de l’État libyen multiplient les exactions. En décembre dernier, une mission de l’ONU a décrit les « horreurs inimaginables » auxquelles sont soumis les migrants et les réfugiés dès leur arrivée en Libye, tout au long de leur séjour dans ce pays et lors de leurs tentatives de traverser la Méditerranée : détention arbitraire et tortures, viols collectifs, esclavage et traite des êtres humains, enrôlements de force, assassinats…

«Faire savoir »

« En fermant les yeux sur les pratiques libyennes. l’Union européenne se rend complice d’un scandale humanitaire. tempête Charles Boubet. Comment peut-on laisser faire ça ? Le but des cercles de silence, c’est de faire savoir : car à l’exception d’un reportage vidéo publié dans la section « Opinions » du New York Times, ces sujets sont très peu couverts par des médias en français. »
Selon le recensement de l’Organisation maritime internationale, plus de 17000 personnes ont péri en Méditerranée depuis 2014. À des centaines de kilomètres delà, des Strasbourgeois continuent de prendre sur leur temps pour s’en émouvoir. Onze ans plus tard, le Cercle de silence de Strasbourg n’a malheureusement pas perdu sa raison d’être : il risque de hurler encore longtemps son indignation.

DNA Strasbourg vendredi 3 mai 2019
Florian HABY

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CERCLE DE SILENCE A STRASBOURG

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CERCLE DE SILENCE A STRASBOURG NOV 2008

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Pendant le cercle : témoignages de retenus